En plus de
cette pauvreté extrême des femmes, les revendications portant sur
la violence à leur égard sont tout aussi insupportables et inacceptables
à l'orée du 3e millénaire. La liste des injustices et des
violences étant trop longue, en voici quelques exemples dont sont victimes
des centaines de millions de femmes à travers le monde et qui sont extraites
du cahier des revendications de la Marche :
* Violences conjugales (20 à 50% des femmes dans le monde sont victimes
à des degrés divers)
* Crimes d'honneur (on évalue à 5000 le nombre de victimes de
crimes par année)
* Le viol (L'UNICEF évalue qu'une femme sur 10 est victime d'un viol
une fois dans sa vie)
Les mutilations
génitales (Le nombre de femmes excisées est estimé à
(environ 130 millions dans le monde et tous les ans, près de 2 millions
par an, au rythme d'environ 6000 cas par jour, soit 5 petites filles par minute).
*
Le trafic sexuel (Près de 70 millions de femmes et d'enfants de l'Asie
du Sud-Est ont été victimes du trafic sexuel depuis 10 ans)
* Les
viols en temps de guerre (Le conflit armé exaspère ce que
la paix a jusqu'ici toléré : que le corps des femmes fonctionne
encore comme butin, l'utilisation du viol en tant qu'arme de guerre est de plus
en plus manifeste. Entre 250 000 et 400 000 femmes ont été violées
au cours de la guerre d'indépendance du Bangladesh en 1972. Au Rwanda,
entre avril 1994 et avril 1995, on estime que le nombre de femmes et de filles
violées s'élèverait à des dizaines de milliers.
Durant le conflit dans l'ex-Yougoslavie des dizaines de milliers de musulmanes
détenues dans des camps expressément créés pour
cela étaient violées et fécondées contre leur gré.
En Algérie aussi, durant la tragique décennie, des milliers de
femmes ont subi des atrocités de la part des groupes armés, Elles
étaient considérées comme butin de guerre, et par conséquent
violées et/ou assassinées.
Cette mise à jour des injustices et de la souffrance des femmes à
travers le monde a motivé l'engagement d'un très grand nombre
et scellé leur lutte solidaire à la faveur du projet de la Marche
mondiale. Les participantes sont décidées à lutter pour
l'élimination de la pauvreté et des violences dont elles font
l'objet et pour la construction d'un monde fondé sur l'égalité
entre les sexes, la justice sociale et la redistribution de la richesse à
tous les peuples de la terre.
Les femmes premières victimes des conflits armés
Profitant de leur présence à New York, un groupe de femmes venant
de pays en conflits, se sont adressées à l'assemblée extraordinaire
des Nations Unies pour dénoncer la politique des "deux poids, deux
mesures" de l'ONU et du Conseil de sécurité relativement
aux conflits dans le monde et surtout à l'égard de l'industrie
de la mort. Le commerce florissant de l'armement est le plus rentable de la
planète. On y apprend que les Cinq Grands (États-Unis, Russie,
France, Angleterre, Chine), dotés du droit de veto au Conseil de Sécurité
de l'ONU, réalisent environ 85% de toutes les ventes d'armes de la planète.
La lutte
ne fait que commencer
Les femmes, de par le monde, ont choisi le 8 mars 2000 pour lancer officiellement
les activités inscrites dans le cadre du projet de la Marche. Lors de
cette journée mémorable, des manifestations publiques, des marches,
des expositions, des rencontres, des conférences, etc.. ont eu lieu partout
à travers le monde. Les activités se sont poursuivies jusqu'au
17 octobre, jour du grand rassemblement à New York devant le siège
des Nations Unies. Une importante délégation, venue remettre le
cahier des revendications de La Marche des femmes appuyées par près
de 5 millions de signatures, a été reçue par les responsables
de cette institution. La délégations a également été
reçue par les dirigeants de la Banque mondiale ainsi que du Fonds Monétaire
International qui à travers leurs programmes, notamment les PAS (plans
d'Ajustements structurels) ont une part de responsabilité dans le processus
d'appauvrissement des femmes. Fait que ces dirigeants ont refusé d'admettre
arguant qu'ils ne sont pas responsables des politiques gouvernementales des
pays.
Un 8 mars
pas comme les autres
Quoi qu'il en soit, le 8 mars et le 17 octobre 2000 marqueront d'une empreinte
indélébile l'histoire du mouvement des femmes, tant par l'ampleur
de la mobilisation autour du projet de la Marche que par le contenu des revendications,
nombreuses et aussi diverses que les femmes qui les portent. Autant dire que
le grand rassemblement de New York a permis de sceller le mouvement en vue de
poursuivre la lutte pour une mondialisation plus humaine et moins dévastatrice
pour les plus démunis. Et dans ce cadre, la lutte ne fait que commencer.
La Marche a ouvert la voie; il appartient aux femmes du monde entier de la poursuivre
pour construire ce monde auquel elles aspirent.
Zehira Houfani
Journaliste-écrivain et Représentante de l'AFM (Association algérienne
Femme en Mouvement) au projet de la Marche des femmes de l'An 2000
Retour à
la page principale